Le sexe des cerises

Jeanette Winterson

le sexe des cerises

En plein XVIIème siècle londonien, Jourdain, enfant abandonné au bord de la Tamise,  a été adopté par la femme « aux chiens », géante qui a sa vision du monde et de la justice, tout en étant une mère attentive.  Le jeune garçon lui, rêve, depuis qu’il est enfant de prendre la mer et de voyager autour du monde. Avant de voir son souhait exaucé par le jardinier du roi John Tradescent, c’est grâce à ses rêves qu’il s’envole vers d’autres pays.

A cheval entre différents genres, ce roman à deux voix, à l’écriture ciselée et baroque, mélange le conte pour adulte et le roman plus ou moins historique. Par son côté fantastique l’auteure y dénonce les dérives des mariages forcés, les préjugés que l’ont peut avoir sur l’amour et le sexe, et qui sont à plus d’un titre excessivement contemporains, notamment sur l’amour entre deux femmes. Mais il ne faut pas s’y méprendre c’est l’amour sous toute ses formes que défend Jeannette Winterson que se soit entre un homme et une femme, deux amant(e)s, une mère et son fils, un sujet et son roi.

Les deux personnages principaux qui prennent à tour de rôle la parole sont très différents, voire opposés. L’un est rêveur, l’autre ancré dans le réel. L’un est violent l’autre est doux. L’un cherche l’amour, l’autre le fuit et n’y voit aucun intérêt. Malgré une écriture  poétique certains passages restent très crus et peuvent choquer certaines personnes (notamment les passages se déroulant dans les maisons de plaisirs et où s’exprime la vengeance des prostituées et de la géante à l’encontre des puritains). Par moments le livre flirte également avec la philosophie pour notre plus grand plaisir. On aime les passages où les personnages s’interrogent sur ce qu’est la vie, l’amour, chacun ayant son propre questionnement , cherchant ses propres réponses. L’auteure prend également un malin plaisir à détourner les contes de notre enfances (les Douze princesses, Raiponce), pour rendre les personnages féminins très contemporains, féministes, aux caractères affirmés mais parfois un peu caricaturaux.

L’auteure a une imagination débordante, parfois loufoque et nous plonge dans des univers poétiques et déjantés. Dans certains les mots vous attaquent, vous étouffent et l’on fait appelle à des balayeurs de mots dans des montgolfières. Dans d’autres le sol et les entre-sols n’existent plus. Les meubles sont accrochés par des chaines et l’on se déplace sur des cordes à la manière d’équilibristes.

Ce livre m’a beaucoup plu, je l’ai trouvé revigorant et ai aimé m’y plonger. J’ai néanmoins, moins apprécié les chapitres se déroulant à notre époque. Ils arrivent à la fin du livre un peu comme un cheveu sur la soupe, et bien que l’on voie ce que cherche à nous dire Winterson, je n ai pas trouvé qu’ils apportaient grand chose au récit.

Enfin pour le plaisir un des multiples passage que j’ai aimé : « Ce soir là deux amants qui chuchotaient sous la voûte en plomb de l’église périrent par leur propre passion. Leurs effusions verbales, prisonnière de la discipline saturnienne du plomb, remplirent tant l’espace de la galerie que tout l’air en fut chassé. Les amants s’asphyxièrent, mais quand le sacristain ouvrit la petite porte, leurs paroles se déversèrent dans leur soif de liberté, et on les aperçut au-dessus de la cité qui fuyait à tire d’aile sous la forme de colombe. »                

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