Un spécimen transparent suivi de voyage vers les étoiles

Akira Yoshimura

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« Un homme rêve de pouvoir préserver le corps au-delà de la mort tel un fossile brillant comme du mica. Quelques jeunes gens ayant perdu le goût de vivre  décident de faire un ultime voyage ensemble vers les étoiles, et de s’élancer ensemble tels des oiseaux du haut du haut de la falaise dans le grand bleu de la mer. »

Deux nouvelles qui tournent autour de la mort mais où chacune l’aborde à sa façon. La première est plutôt macabre et quelque peu dérangeante. On y retrouve le penchant de l’auteur pour le morbide. Le personnage principal exerce un métier loin d’être ordinaire : il désosse des cadavres  dans le but de réaliser des spécimens de squelette qui serviront pour les cours d’anatomie en faculté. Plutôt bon dans ce qu’il fait, il a une quête ultime : réaliser un spécimen où les os seraient translucides.

La deuxième n’est pas plus joyeuse mais plus poétique, à commencer par le titre : voyage vers les étoiles.  L’auteur parle de ces jeunes japonais en perte de repères, paralysés face au futur et qui manquent de force pour continuer à avancer. Keichi rejoint un groupe de jeunes qui ont, comme lui, abandonnés les cours et errent sans but. Un jour l’un d’entre eux trouve une solution pour casser leur cycle infernal. Ils décident alors de franchir ensemble le cap. Poétique et psychologique, cette nouvelle d’Akira Yoshimura emprunte par moment les chemins du conte. Elle condense à merveille les questions existentielles que se posent ces écorchés de la vie, fragiles face à la pression imposée par la société japonaise. L’auteur décrit avec beaucoup de finesse mais sans détour les émotions de ses personnages, eux qui semblent d’une certaine façon si inconscient de leur propre existence et de ce qu’elle représente.

Ces deux nouvelles sont comme les deux faces d’une pièce : indissociables dans le sujet qu’elles abordent, l’une s’attachant au côté physique l’autre au côté psychologique. Voyage vers les étoiles m’a beaucoup plus touchée que la première. Elle ouvre d’une certaine manière un abîme de questions tant sur nous même que sur le rapport que nous entretenons  avec les autres, à la pression qu’un groupe peut exercer sur nous mais aussi à l’angoisse que fait naître de plus en plus notre société. Le tout en restant légère grâce sa poésie et à la finesse de son vocabulaire.

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La part du feu

Hélène Gestern

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A la suite d’une révélation qui la bouleverse, Laurence Emmanuelle comprend que sa vie est moins simple qu’elle ne le pensait. Elle décide d’en apprendre davantage sur le passé de ses parents et notamment de sa mère. Un soir où ils sont absents, elle entre dans la pièce où sa mère va se réfugier et où personne n’ est autorisé à se rendre. Elle tombe alors sur une mystérieuse lettre d’un certain Guillermo Zorgen, adressée à une jeune femme qu’elle ne connaît pas : Sonia. Qui sont-ils? Quels liens entretenaient-ils avec sa famille? Très vite elle cherche à en savoir un peu plus sur eux, et découvre que Guillermo Zorgen était un militant d’extrême gauche qui a défrayé la chronique dans les années 70 avant d’être oublié. Mais qui est vraiment cet homme? Un idéaliste ou un criminel ? Au fil de ses recherches, des témoignages qu’elle recueille et des documents  qu’elle retrouve, se dessine le portrait contrasté d’un être énigmatique. Comme beaucoup de jeunes gens de sa génération il a fait un choix : exister par le combat. Combat qui n’épargne pas l’amour et fait découvrir à Laurence les formes ardentes et destructrices de la passion.

La part du feu est un roman poignant et prenant qui navigue entre deux eaux : celle du polar et celle du roman initiatique. On est très vite happé par cette histoire au format peu conventionnel. Hélène Gestern pour donner plus de poids et de réalité à son récit y mélange des articles de presse, des courts textes de livres d’Histoire, des articles du code pénal.

Au delà de l’intrigue que dessine l’auteur, c’est une véritable quête identitaire qui se profile dans ce roman. Que restera t-il de Laurence une fois qu’elle aura déterré l’ensemble du passé de sa famille? Comment vivra -t-elle avec? Elle qui imaginait ses parents comme des êtres ternes et sages va apprendre à voir une autre réalité. Celle qu’en tant qu’enfant on a souvent du mal à accepter : nos parents ont eu une vie avant nous et pas toujours celle que l’on croyait. Les siens ont été passionnés et engagés. Mais tout a un prix et Laurence l’apprendra à ses dépends.

Si je devais résumer La part du feu je dirais que c’est un roman-polar qui met en scène une belle réflexion sur l’histoire, la mémoire, l’identité et la passion. Rien n’y est jamais blanc ou noir. Et si en tant que lecteur on voit assez vite se dessiner la réponse à une des intrigues, on n’en est pas moins captivé et désireux de savoir qui sont vraiment ces gens. Les personnages sont vrais, ils ont leur part d’ombre et de lumière et leurs portraits son peints tout en finesse apparaissant au fur et à mesure du récit.