Tu verras

Nicolas Fargues

Tu-verras

Tu verras est un livre bouleversant et magnifique. Plein de tendresse mais aussi d’amertume, ce livre  au ton juste et à l’écriture fluide, décrit les relations père/fils, et parle d’un drame auquel on ne s’attend jamais : la perte d’un être cher et la douleur qu’elle entraîne. Sans jamais tomber dans le pathos l’auteur exprime avec justesse les sentiments des protagonistes que se soit au sujet de l’adolescence, du racisme, des bons moments, de la culpabilité ou de la mort. Il force son personnage, Colin à se confronter à ses préjugés et à les dépasser.  S’il nous fait pleurer il nous fait également sourire quand il nous dépeint le fossé qui se creuse inéluctablement  entre les générations, cette vérité que nulle ne veut admettre parce qu’on croit toujours être différents des autres. Au delà de cette histoire, Nicolas Fargues nous fait en creux un portrait de notre société et de nos adolescents qui y vivent sans vraiment s’y repérer.

Un livre génial dans lequel on plonge et dont on ne ressort qu’une fois fini.  Seul petit bémol : une fin un peu incongrue à mon sens, un peu facile et un peu surréelle par rapport à l’ensemble du livre.

Je suis un écrivain japonais

Dany Laferrière

je suis un écrivain

C’est l’histoire de quelqu’un qui ne fait rien ou pas grand chose. Un écrivain qui devrait écrire mais qui préfère lire un poète japonais dans son bain ou ailleurs, et qui n’a donné qu’une seule chose : un titre. Mais quel titre! Je suis un écrivain Japonais et voilà le monde qui s’emballe autour de lui et qui l’emporte dans un tourbillon qu’il n’aurait pas imaginé.

Au delà de la réflexion sur l’acte d’écrire Dany Laferrière nous conduit à des réflexions encore plus abyssales : l’Exil et que signifie  appartenir à une nation, qui le décide et pourquoi.

En lisant ce livre je n’ai pu m’empêcher de penser à La salle de bain de Jean Philippe Toussaint. Il y a une proximité entre ces deux livres, dans le traitement du découpage du texte, dans l’adoption du point de vue, dans ce anti héro qui se prélasse et ne fait pas grand chose.   Mais l’histoire est toute différente. Chaque chapitre est une micro histoire avec un titre qui s’imbrique dans une autre, un peu comme des poupées russes. Aux frontières de la philosophie, de la réalité et du rêve, l’auteur nous dépeint à travers le kaléidoscope d’un écrivain, notre société par petites touches. Sans jamais savoir vraiment de qui il nous parle, si c’est de lui même ou de son personnage, Dany Laferrière nous conte non sans humour et sans sarcasme, ce quotidien d’écrivain, ce qui le nourrit. Il y fait se côtoyer et frôler Bjork, Basho et des peintres vaudous.

Ce livre qui n’est pas une histoire au sens où on l’entend, ressemble plus à de petites perles qu’il faut saisir et assembler en un collier, des petits récits qui nourrissent nos propres réflexions, nous invitent à nous questionner.

Jolie libraire dans la lumière

de Frank Andriat

jolie libraire

A tous ceux qui aiment les livres et qui pensent qu’ils peuvent changer une vie …

Une jeune libraire tombe sur un récit bouleversant qui lui fait penser en tout point à un épisode de sa vie. Entre passé et présent, comment faire le lien entre les deux sans  se perdre et perdre ceux qu’on aime. Peut-être tout simplement en réapprenant à vivre…

Jolie libraire dans la lumière est un livre comme on les aime. Un livre qui parle des livres comme tout lecteur aime à en entendre parler : des enchanteurs qui illuminent notre quotidien. Dans ce roman Franck Andriat y évoque la vie dans ce qu’elle a de plus triste et de plus beau à nous offrir. Alternant passé et présent, il nous fait découvrir peu à peu la vie de ce personnage courageux et haut en couleur qu’est son héroïne. Ce livre fort en émotion, à la fois amer et doux , est une belle découverte qui  nous redonne espoir. On y sent la passion de l’auteur pour ces objets si fragiles et si beaux que sont les livres et les temples qui les accueillent : les librairies. C’est aussi une jolie ode au métier de libraire, à ce qu’il apporte et crée. Chose ô combien importante à l’heure du numérique. Un libraire n’est pas un simple vendeur, il nous donne bien plus de choses qu’il n’y parait. Poétique, parfois crue, empreinte d’humanité cette histoire est un petit plaisir à s’offrir et que je conseille.  Seule la fin est peut-être un peu facile, mais comme le dit si bien l’un des protagonistes : « Les livres ne parlent jamais assez du bonheur ».

Sebastião Salgado

GENESIS

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De l’Afrique aux terres glacées de l’Antarctique, ce sont les plus beaux joyaux de notre planète que nous  découvrons tout au long de cette exposition. On reste coi face à ces photos aux allures romantiques, proches des paysages du peintre C.D.Friedrich, révélant les abîmes de beautés que  recèle la nature. Que ce soit des espaces désertiques ou luxuriants, une certaine magie s’opère au travers de l’objectif du brésilien. Cet objectif, il l’a mis au service de la Terre pour en défendre ses trésors. Pas besoin de couleur, le noir et blanc servi par de splendides clairs-obscurs révèle, exacerbe la beauté, la pureté et la simplicité de ce qu’il prend : visages ou paysages, faune ou flore.

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Bien qu’il ne soit pas de la même nationalité que Luis Sepùlveda, S.Salgado en est proche par sa démarche et sa pensée. Genesis compléterait idéalement le recueil de nouvelles de l’écrivain chilien : Les roses d’Atacama. L’écrivain y est voyageur, nous contant entre autres des fables écologiques ainsi que des histoires de peuples en voie de disparition. A sa manière le photographe brésilien aborde les mêmes thèmes. Des indiens Zoé d’Amazonie aux Dinkas d’Afrique en passant par les peuples nomades du nord et leurs troupeaux de rennes, le photographe brésilien capture ces derniers humains qui n’ont pas encore succombé à la mondialisation et qui ont préservé leur mode vie si proche de la terre qui les entoure. S. Salgado nous montre la nature au travers de ses paysages qui sont les derniers bastions vierges de la griffe humaine, Éden pour une faune variée en voie, elle aussi de disparition. Des îles Galapagos au delta de l’Okavango c’est l’histoire même de la Terre qu’il retrace par le biais de  ses imperfections, de ses cataclysmes et de ses improbables havres de vie.

Claque visuelle, l’exposition nous touche en plein coeur. Souhaitons qu’elle déclenche une véritable prise de conscience au sujet de la préservation de notre si belle et si fragile planète.

Exposition du 25.09.2013 au  05.01.2014 à la Maison européenne de la photographie :

http://www.mep-fr.org/evenement/sebastiao-salgado-2/

http://www.amazonasimages.com/grands-travaux?PHPSESSID=821adba41df4c9a8c1d2388c6eebdd63

Un qui veut traverser

de Marc Soriano, par la Compagnie Théâtre Suivant

« Quitter son pays illégalement n’est plus seulement aujourd’hui un acte lié à des circonstances particulières, locales ou momentanées, mais un phénomène continu, massif et planétaire. Traverser, atteindre l’autre côté, ou mourir. Et il ne s’agit pas de découverte, d’aventure ou de conquête, mais d’exil, de mort, de survie, de fuite. »

On est emporté par ces témoignages tous différents livrés par un seul homme sur scène. Marc Soriano prend tour à tour la voix et l’attitude des personnages qu’il évoque. Ici nul besoin de plusieurs acteurs un seul suffit à nous rendre l’atmosphère et toute l’épaisseur de ces récits. Le texte est fort, simple, épuré et joue sur la répétition. Le « un qui veut traverser » revient comme une ritournelle et appuie sur ce désir irrationnel de traverser dans l’espoir d’une vie meilleure, d’une vie tout simplement. Pourtant aucun jugement, qu’on soit du côté des passeurs, des pêcheurs ou de ceux qui veulent traverser. Et c’est ce qui nous fait d’autant plus apprécier cette pièce. L’auteur n’essaie pas de nous convaincre par des mots ou des emphases, mais laisse la vérité nue s’offrir à nous comme une évidence.     

Après le Théâtre du Rond-Point et le Théâtre 13, cette pièce est jouée à La Friche de Viry-Châtillon jusqu’au 21 décembre.

Pour plus d’informations : http://www.amin-theatre.fr/fr/

 

Ouragan

Laurent Gaudé

Ouragan

Un livre qui vous emporte…

Que reste t-il de notre société, de nous quand toutes les barrières sautent? Une terrible tempête est annoncée à la Nouvelle-Orléans, seuls ceux qui ne peuvent pas partir restent et se préparent à faire face à l’Ouragan. Un pasteur, une mère et son enfant, des prisonniers, une centenaire, un homme qui court vers son destin, autant de personnages que nous suivons durant ces terribles heures apocalyptiques, et, qui tout comme le ciel qui se déchire, tempête, et redevient clair voient leurs vies ballotées avec brio et intensité par l’auteur.  Laurent Gaudé y fait résonner les voix de ses héros comme autant de consciences différentes, nous montrant les multiples facettes de l’Homme lorsque tout s’effondre. Il en ressort les plus belles comme les plus atroces actions!

Ouragan est un roman par lequel on est happé et dont on ne ressort qu’une fois achevé.

Le printemps de la Renaissance

La sculpture et les arts à Florence, 1400-1460

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Une des premières expositions du Louvre par laquelle je suis conquise! La scénographie est claire, les œuvres sont mises en valeur, le parcours cohérent et varié, le propos pertinent et réfléchi. Un juste équilibre est trouvé entre les œuvres prêtées et celles appartenant  aux collections du Louvre et c’est un plaisir pour les yeux. En un mot une réussite!

Au niveau du sujet abordé, on ne peut être que content de voir une exposition consacrée à la « première Renaissance italienne », celle qui a vu naître la perspective et qui est souvent délaissée au profit de la seconde Renaissance, celle de Léonard de Vinci, Raphaël et Michel Ange, pour faire court. Pourtant cette période est essentielle dans la construction de l’histoire de l’art européenne. De nombreux Chefs d’œuvre, maillons essentiels pour la compréhension de cette période sont exposés. Citons notamment les panneaux du concours pour la seconde porte du baptistère de Lorenzo Ghiberti et de Brunelleschi, les maquettes du dôme de la Cathédrale Santa Marira del Fiore. Mais aussi un grand nombre de sculptures de Donatello (qui est un peu l’artiste fil conducteur de l’exposition) des portraits de Mina da Fiesole ainsi que plusieurs sculptures et peintures  antiques, présentes pour illustrer ce retour à l’antiquité et l’inspiration qu’elles ont suscitée chez beaucoup d’artistes au quattrocento.

Les + pour moi : les murs blancs de l’exposition qui éclairent les salles et mettent en valeur les œuvres (c’est vraiment rare d’avoir une aussi belle scénographie qui prend vraiment en compte l’espace mis à disposition). La variété des œuvres exposées : portraits, sculptures en pied, madones, sculptures architecturales, peintures, maquettes, enluminures et lorsque certaines oeuvres sont essentielles au propos et ne sont pas présentes ou qu’il est intéressant de resituer les sculptures, des photos sont présentées. Il n’y a pas trop d’œuvres juste ce qu’il faut et les choix sont pertinents. Même chose pour les comparaisons qui sont faites, elles nourrissent et illustrent parfaitement le propos.

Au final, on ressort de cette exposition en ayant eu un très bon aperçu de cette période (sans s’être déplacé à Florence) tant sur le plan des idées que des œuvres et en ayant compris à quoi correspondait cette renaissance et quels en étaient les enjeux.

http://www.louvre.fr/expositions/le-printemps-de-la-renaissance-la-sculpture-et-les-arts-florence-1400-1460