Un spécimen transparent suivi de voyage vers les étoiles

Akira Yoshimura

voyageetoiles

« Un homme rêve de pouvoir préserver le corps au-delà de la mort tel un fossile brillant comme du mica. Quelques jeunes gens ayant perdu le goût de vivre  décident de faire un ultime voyage ensemble vers les étoiles, et de s’élancer ensemble tels des oiseaux du haut du haut de la falaise dans le grand bleu de la mer. »

Deux nouvelles qui tournent autour de la mort mais où chacune l’aborde à sa façon. La première est plutôt macabre et quelque peu dérangeante. On y retrouve le penchant de l’auteur pour le morbide. Le personnage principal exerce un métier loin d’être ordinaire : il désosse des cadavres  dans le but de réaliser des spécimens de squelette qui serviront pour les cours d’anatomie en faculté. Plutôt bon dans ce qu’il fait, il a une quête ultime : réaliser un spécimen où les os seraient translucides.

La deuxième n’est pas plus joyeuse mais plus poétique, à commencer par le titre : voyage vers les étoiles.  L’auteur parle de ces jeunes japonais en perte de repères, paralysés face au futur et qui manquent de force pour continuer à avancer. Keichi rejoint un groupe de jeunes qui ont, comme lui, abandonnés les cours et errent sans but. Un jour l’un d’entre eux trouve une solution pour casser leur cycle infernal. Ils décident alors de franchir ensemble le cap. Poétique et psychologique, cette nouvelle d’Akira Yoshimura emprunte par moment les chemins du conte. Elle condense à merveille les questions existentielles que se posent ces écorchés de la vie, fragiles face à la pression imposée par la société japonaise. L’auteur décrit avec beaucoup de finesse mais sans détour les émotions de ses personnages, eux qui semblent d’une certaine façon si inconscient de leur propre existence et de ce qu’elle représente.

Ces deux nouvelles sont comme les deux faces d’une pièce : indissociables dans le sujet qu’elles abordent, l’une s’attachant au côté physique l’autre au côté psychologique. Voyage vers les étoiles m’a beaucoup plus touchée que la première. Elle ouvre d’une certaine manière un abîme de questions tant sur nous même que sur le rapport que nous entretenons  avec les autres, à la pression qu’un groupe peut exercer sur nous mais aussi à l’angoisse que fait naître de plus en plus notre société. Le tout en restant légère grâce sa poésie et à la finesse de son vocabulaire.

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Le restaurant de l’amour retrouvé

Ogawa Ito

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Lire est une gourmandise…

Un soir Rinco rentre de son travail et retrouve son appartement vide. Son petit ami l’a quittée sans laisser ni mot ni objet. Seule la jarre de saumure de sa grand mère n’a pas été emportée. N’ayant plus aucune raison de rester ni les moyens, la jeune fille de vingt cinq ans décide malgré elle de rentrer chez sa mère.  Ce personnage fantasque vit avec un cochon apprivoisé dans un village de montagne de plus en plus délaissé. Muette à cause du choc, la jeune femme reprend doucement sa vie en main et ouvre un restaurant. Mais ce dernier est un peu particulier : pour ses convives elle cuisine un plat unique en accord avec leurs émotions du moment et leur vie.

Un joli livre qu’on prend plaisir à lire et qui donne surtout très envie de cuisiner!

Les personnages sont attachants et ne sont pas toujours ce qu’ils semblent être.  On  les découvre peu à peu au cours du livre, le plus étonnant étant finalement celui de la mère bien loin de ce qu’on imagine au départ. Comme dans beaucoup de romans japonais on retrouve une écriture épurée, un petit côté décontenançant, un attachement à la nature et au passé. Le personnage de Rinco par certains aspects (le contexte de sa naissance, le fait qu’elle soit muette) rappelle ceux de de Yoko Ogawa. La force du livre tient surtout au retour aux sources et à l’essentiel que souhaite le personnage, tant dans sa vie que dans sa cuisine. En cuisinant Rinco cherche à réveiller les sens, faire voyager, apprendre à aimer et à goûter pleinement à la vie. Mais si elle parvient à rendre ses hôtes heureux, notre cuisinière parviendra t-elle à son tour à tourner la page et à pardonner? Toute la question est là, et si par certains côtés l’histoire rappelle un peu les dramas japonais l’auteure ne s’y complaît jamais réellement. Ni blanc ni noir le livre s’attache d’avantage à décrire ce qui unit et désunit des êtres.

A dévorer comme on dévore un bon petit plat!

Pour les gourmands de cuisine japonaise je conseille également Le club des gourmets et autres cuisines japonaises, recueil de nouvelles et textes autour de l’art culinaire japonais et dont certains sont inédits en français comme celui de Tanizaki.

le club des gourmets et autres cuisnes japonaises