Vie d’un immortel

Bernard Noël

Vies_d_un_immortel_Monti_Noel

vu par Benjamin Monti

Le narrateur, un jeune homme amoureux, traverse les siècles en terre picarde. Il est tour à tour chevalier au Moyen-Age ou soldat de la grande guerre mais toujours aux prises avec des ennemis ravageant sa contrée. Son immortalité le condamne à revivre encore et encore ces batailles, toujours au moment où sa bien aimée et sur le point de succomber.

J’ai découvert ce court livre de Bernard Noël grâce aux éditions du Chemin de fer, c’est une histoire courte mais intense. L’auteur parvient à nous transporter en une fraction de seconde, d’une époque à  une autre comme on passe d’une pensée à une autre. Ce temps infiniment restreint il arrive à le rendre avec justesse par l’enchaînement soigné et précis de ses mots, de ses phrases mais aussi par le vocabulaire qu’il choisit. Il allie ainsi des expressions médiévales à des mots plus contemporains, accentuant le tourbillon que nous fais vivre le récit. En quelques pages Bernard Noël résume les pires atrocités que peut commettre le genre humain (guerre, viol, massacre, trahison) mais aussi les plus belles émotions qu’il peut ressentir envers ses semblables (l’amour et l’amitié).

J’ai été happée par ce récit intense. La malédiction du héro est terrifiante, vivre et revivre la mort de l’être aimé sans jamais pouvoir briser ce cycle infernal. Dans son esprit tous se mélange : ses souvenirs lointains et son présent, le futur et son passé proche. Et l’on finit par se demander si le fait d’avoir conscience que tout recommence à chaque nouvelle vie ne précipite pas un peu plus vite à chaque fois sa fin, comme si le fait de savoir rendait la chose inéluctable.

Un spécimen transparent suivi de voyage vers les étoiles

Akira Yoshimura

voyageetoiles

« Un homme rêve de pouvoir préserver le corps au-delà de la mort tel un fossile brillant comme du mica. Quelques jeunes gens ayant perdu le goût de vivre  décident de faire un ultime voyage ensemble vers les étoiles, et de s’élancer ensemble tels des oiseaux du haut du haut de la falaise dans le grand bleu de la mer. »

Deux nouvelles qui tournent autour de la mort mais où chacune l’aborde à sa façon. La première est plutôt macabre et quelque peu dérangeante. On y retrouve le penchant de l’auteur pour le morbide. Le personnage principal exerce un métier loin d’être ordinaire : il désosse des cadavres  dans le but de réaliser des spécimens de squelette qui serviront pour les cours d’anatomie en faculté. Plutôt bon dans ce qu’il fait, il a une quête ultime : réaliser un spécimen où les os seraient translucides.

La deuxième n’est pas plus joyeuse mais plus poétique, à commencer par le titre : voyage vers les étoiles.  L’auteur parle de ces jeunes japonais en perte de repères, paralysés face au futur et qui manquent de force pour continuer à avancer. Keichi rejoint un groupe de jeunes qui ont, comme lui, abandonnés les cours et errent sans but. Un jour l’un d’entre eux trouve une solution pour casser leur cycle infernal. Ils décident alors de franchir ensemble le cap. Poétique et psychologique, cette nouvelle d’Akira Yoshimura emprunte par moment les chemins du conte. Elle condense à merveille les questions existentielles que se posent ces écorchés de la vie, fragiles face à la pression imposée par la société japonaise. L’auteur décrit avec beaucoup de finesse mais sans détour les émotions de ses personnages, eux qui semblent d’une certaine façon si inconscient de leur propre existence et de ce qu’elle représente.

Ces deux nouvelles sont comme les deux faces d’une pièce : indissociables dans le sujet qu’elles abordent, l’une s’attachant au côté physique l’autre au côté psychologique. Voyage vers les étoiles m’a beaucoup plus touchée que la première. Elle ouvre d’une certaine manière un abîme de questions tant sur nous même que sur le rapport que nous entretenons  avec les autres, à la pression qu’un groupe peut exercer sur nous mais aussi à l’angoisse que fait naître de plus en plus notre société. Le tout en restant légère grâce sa poésie et à la finesse de son vocabulaire.

Tu verras

Nicolas Fargues

Tu-verras

Tu verras est un livre bouleversant et magnifique. Plein de tendresse mais aussi d’amertume, ce livre  au ton juste et à l’écriture fluide, décrit les relations père/fils, et parle d’un drame auquel on ne s’attend jamais : la perte d’un être cher et la douleur qu’elle entraîne. Sans jamais tomber dans le pathos l’auteur exprime avec justesse les sentiments des protagonistes que se soit au sujet de l’adolescence, du racisme, des bons moments, de la culpabilité ou de la mort. Il force son personnage, Colin à se confronter à ses préjugés et à les dépasser.  S’il nous fait pleurer il nous fait également sourire quand il nous dépeint le fossé qui se creuse inéluctablement  entre les générations, cette vérité que nulle ne veut admettre parce qu’on croit toujours être différents des autres. Au delà de cette histoire, Nicolas Fargues nous fait en creux un portrait de notre société et de nos adolescents qui y vivent sans vraiment s’y repérer.

Un livre génial dans lequel on plonge et dont on ne ressort qu’une fois fini.  Seul petit bémol : une fin un peu incongrue à mon sens, un peu facile et un peu surréelle par rapport à l’ensemble du livre.